Les dhutanga
Qu’est-ce que le dhutanga ? Sens, histoire et pratique
Les dhutanga (pali dhutaṅga) sont treize pratiques facultatives qu’un moine ou une moniale bouddhiste peut adopter librement pour cultiver la simplicité, le contentement et l’énergie. Elles concernent la robe, la nourriture, le lieu de vie et l’effort. Elles ne sont pas exigées de tous les bouddhistes, et les traditions les interprètent différemment.
- Auteur
- Équipe éditoriale de Dhutanga.org
- Relecture
- Relecture doctrinale en attente
- Niveau
- Débutant
- Tradition
- Theravāda, avec des notes comparatives
- Publié le
- Dernière relecture
L’essentiel
- Mot : pali dhuta (« secoué, rejeté ») + aṅga (« facteur ») — « facteurs pour se dépouiller (des souillures) ».
- Nombre : treize, selon le Parivāra du Vinaya, le Milindapañha et le Visuddhimagga (chapitre II).
- Statut : engagements personnels facultatifs, et non règles du code monastique.
- Modèle : Mahākassapa, désigné par le Bouddha comme le premier parmi ceux qui observent les pratiques ascétiques.
- Traditions vivantes : surtout les traditions de la forêt de Thaïlande (« thudong »), du Sri Lanka et du Myanmar ; des pratiques dhūta apparentées sont connues dans le bouddhisme d’Asie orientale (chinois 头陀, japonais 頭陀).
Le sens du mot
Dhutaṅga associe dhuta, « secoué, rejeté », et aṅga, « facteur » ou « membre ». Le Visuddhimagga explique qu’un dhuta est un pratiquant qui s’est dépouillé des souillures, et que les dhutaṅga sont les pratiques qui opèrent ce dépouillement. Les sources sanskrites emploient les termes apparentés dhūta et dhūtaguṇa.
En thaï, le mot est devenu thudong (ธุดงค์), employé surtout pour les pérégrinations des moines de la forêt. Dans le bouddhisme chinois, le terme correspondant est toutuo (头陀), transcription de dhūta.
Les treize pratiques en un coup d’œil
Le Visuddhimagga regroupe les pratiques selon leur objet. Deux concernent la robe, cinq la nourriture d’aumône, cinq le lieu de vie et une l’effort. Chacune peut être adoptée selon un degré strict, moyen ou souple. Lisez le guide complet des treize pratiques.
- Robe : porter des tissus abandonnés ; ne posséder que les trois robes.
- Nourriture d’aumône : ne manger que la nourriture d’aumône ; aller de maison en maison ; manger en une seule séance ; ne manger que dans le bol ; refuser la nourriture offerte ensuite.
- Lieu de vie : la forêt ; le pied d’un arbre ; le plein air ; le charnier ; tout logement attribué.
- Effort : la pratique de la position assise — ne pas s’allonger.
Origines dans la tradition ancienne
Les premiers discours décrivent une communauté de renonçants qui s’appuyaient sur quatre soutiens simples : la nourriture d’aumône, le pied d’un arbre, des robes de tissus abandonnés et l’urine fermentée comme remède. Nombre des pratiques nommées plus tard prolongent ces soutiens en engagements personnels durables.
Mahākassapa, l’un des grands disciples du Bouddha, est resté dans la mémoire comme le premier à observer ces pratiques. Dans un discours célèbre (SN 16.5), le Bouddha — voyant que Mahākassapa est âgé — lui suggère d’accepter les robes des laïcs et de vivre près de lui. Mahākassapa décline, expliquant qu’il observe ces pratiques pour son propre bien-être et par compassion pour les générations futures, qui pourraient y puiser de l’inspiration. Le Bouddha l’approuve.
Le Vinaya rapporte aussi que Devadatta demanda au Bouddha de rendre obligatoires pour tous les moines des pratiques telles que la vie en forêt à perpétuité et la subsistance par la seule aumône. Le Bouddha refusa : ceux qui le souhaitaient pouvaient les adopter, et les autres étaient libres de ne pas le faire. Cet épisode est l’une des principales raisons pour lesquelles ces pratiques sont considérées comme facultatives.
Leur but : la simplicité, non la mortification
Le bouddhisme se présente comme une voie du milieu entre la complaisance envers les plaisirs et la mortification. Le Bouddha a rejeté les austérités extrêmes qu’il avait pratiquées avant son éveil. Les dhutanga ne sont donc pas présentés comme des moyens de punir le corps, mais comme des soutiens pour la modération des désirs, le contentement, la solitude, l’énergie et une vie facile à entretenir.
Le Visuddhimagga est clair : ce qui compte, c’est la qualité de l’esprit avec lequel une pratique est observée. Adopter une pratique par orgueil, pour impressionner autrui ou pour obtenir des dons est considéré comme une faute. L’intensité ascétique n’est pas, en soi, la mesure d’un accomplissement spirituel.
Qui les adopte ?
Le Visuddhimagga examine quelles pratiques conviennent à quels membres de la communauté. Les treize sont décrites pour les moines pleinement ordonnés ; un nombre moindre pour les moniales et les novices ; et pour les disciples laïcs, il n’en mentionne que deux — manger en une seule séance et ne manger que dans le bol.
Même pour les moines et moniales, le commentaire conseille de consulter un maître, de tenir compte de sa santé et de sa situation, et d’abandonner une pratique si la poursuivre devait nuire à sa pratique ou à sa communauté. Voir pratiquer de façon responsable.
Les différences entre traditions
Theravāda. Ces pratiques sont aujourd’hui surtout connues à travers les traditions de la forêt de Thaïlande, du Laos, du Cambodge, du Sri Lanka et du Myanmar. Dans la Thaïlande du XXe siècle, des maîtres comme Ajahn Mun Bhūridatta et ses disciples ont fait revivre la pratique du thudong — errer à travers les forêts et séjourner dans des grottes et des lieux isolés — et la lignée s’est diffusée dans le monde grâce aux disciples d’Ajahn Chah et d’autres.
Mahāyāna d’Asie orientale. Les sources chinoises énumèrent couramment douze pratiques dhūta (十二头陀行), et Mahākāśyapa y est honoré comme « le premier en dhūta ». L’idéal de simplicité austère a aussi inspiré des pratiques montagnardes et itinérantes en Chine, en Corée, au Japon et au Viêt Nam, chaque tradition développant ses propres formes monastiques.
Bouddhisme tibétain et himalayen. Les idéaux de renoncement apparaissent dans la vie des ermites et des yogis errants, même si la liste précise des treize y occupe une place moins centrale.
Ce sont de véritables différences. Dhutanga.org indique la tradition dont relève chaque enseignement plutôt que de présenter un point de vue comme universel.
Idées reçues
- « Tous les bouddhistes devraient pratiquer des austérités. » — Non. Ces pratiques sont facultatives et surtout monastiques.
- « Plus c’est strict, plus on est éveillé. » — Non. La tradition met en garde contre l’orgueil lié à l’austérité.
- « Le dhutanga est un défi de mode de vie. » — Non. Il suppose l’ordination, une communauté, une conduite qualifiée et des conditions appropriées.
- « Les moines thudong sont des mendiants sans abri. » — Les moines itinérants suivent une discipline ancienne et digne ; ils ne demandent rien et ne reçoivent que ce qui est librement offert.
Sources et lectures complémentaires
- The Path of Purification (Visuddhimagga, « Le Chemin de la pureté »), chapitre II, trad. anglaise Bhikkhu Ñāṇamoli (ouvre un site externe)
- SN 16.5 Jiṇṇa Sutta — Mahākassapa et les pratiques ascétiques (ouvre un site externe)
- AN 5.181 Āraññaka Sutta — cinq sortes d’habitants de la forêt (ouvre un site externe)
- AN 1.188–197 — Mahākassapa, le premier parmi ceux qui observent les pratiques ascétiques (ouvre un site externe)
- Kamala Tiyavanich, Forest Recollections: Wandering Monks in Twentieth-Century Thailand (« Souvenirs de la forêt : les moines errants dans la Thaïlande du XXe siècle », University of Hawaiʻi Press, 1997)